{"id":430,"date":"2026-08-04T15:05:03","date_gmt":"2026-08-04T15:05:03","guid":{"rendered":"https:\/\/ancsp.org\/?p=430"},"modified":"2026-08-04T15:07:28","modified_gmt":"2026-08-04T15:07:28","slug":"le-poids-des-larmes-la-force-des-mains-la-flamme-que-nous-avons-emportee","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/ancsp.org\/en\/le-poids-des-larmes-la-force-des-mains-la-flamme-que-nous-avons-emportee\/","title":{"rendered":"Le poids des larmes, la force des mains\u00a0; la flamme que nous avons emport\u00e9e"},"content":{"rendered":"<h1 class=\"wp-block-heading\"><\/h1>\n\n\n\n<p><a href=\"https:\/\/ehospice.com\/2026\/04\/\">April 16, 2026<\/a> |<\/p>\n\n\n\n<figure class=\"wp-block-image\"><img decoding=\"async\" src=\"https:\/\/ehospice.com\/wp-content\/uploads\/2026\/04\/IMG_3019-scaled.jpeg\" alt=\"Le poids des larmes, la force des mains\u00a0; la flamme que nous avons emport\u00e9e\"\/><\/figure>\n\n\n\n<p>The weight of tears, the strength of hands; the flame we carried with us. (Scroll down for English Translation.)<\/p>\n\n\n\n<p>Il est des lieux o\u00f9 l\u2019on n\u2019entre pas simplement avec ses pas, mais avec son \u00e2me.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Ouganda fut pour moi cet espace suspendu entre la vie et ce qui lui \u00e9chappe. J\u2019y suis arriv\u00e9 avec des certitudes de soignant. J\u2019en suis reparti avec des silences, des visages, et cette \u00e9trange sensation d\u2019avoir enfin compris ce que signifie vraiment \u201cprendre soin\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Car ici, la m\u00e9decine ne lutte plus contre l\u2019in\u00e9vitable.<br>Elle apprend \u00e0 l\u2019accompagner.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans les couloirs d\u2019Hospice Africa Uganda, la douleur n\u2019est pas un cri \u00e9touff\u00e9, elle est entendue, regard\u00e9e, accueillie. Et dans cette reconnaissance na\u00eet quelque chose de rare : la dignit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai vu des mains qui ne cherchaient plus \u00e0 sauver \u00e0 tout prix, mais \u00e0 apaiser.<br>Des regards qui ne fuyaient pas la fin, mais l\u2019illuminaient d\u2019une pr\u00e9sence.<br>Des soignants qui avaient compris que parfois, gu\u00e9rir n\u2019est plus possible\u2026 mais aimer, toujours.<\/p>\n\n\n\n<p>Et alors, tout change.<\/p>\n\n\n\n<p>La maladie cesse d\u2019\u00eatre un combat.<br>Elle devient un passage.<\/p>\n\n\n\n<p>Les corps, fatigu\u00e9s, continuent de parler autrement.<br>Les silences prennent la parole.<br>Et dans ces silences, j\u2019ai appris davantage que dans bien des livres.<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019ai compris que la douleur n\u2019est jamais seulement celle du corps.<br>Elle s\u2019insinue dans l\u2019histoire d\u2019une vie, dans les liens, dans les peurs, dans ce qui reste \u00e0 dire et ce qui n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 dit.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est ce que les soins palliatifs nomment, avec une justesse presque po\u00e9tique : la douleur totale.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais face \u00e0 cette immensit\u00e9, il n\u2019y avait ni peur, ni fuite.<br>Il y avait des gestes simples.<br>Une main pos\u00e9e.<br>Un regard qui rassure.<br>Une pr\u00e9sence qui dit cent mots : <em>tu n\u2019es pas seul<\/em>.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cela suffisait parfois \u00e0 all\u00e9ger le monde.<\/p>\n\n\n\n<p>Un soir, nous avons re\u00e7u chacun une bougie.<\/p>\n\n\n\n<p>Une flamme fragile, vacillante, presque timide. Mais une flamme vivante.<br>Nous devions la porter. La transmettre. L\u2019emmener au-del\u00e0 de ces murs.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce geste, d\u2019une simplicit\u00e9 bouleversante, portait en lui toute une philosophie.<\/p>\n\n\n\n<p>Car en Afrique, il existe un mot pour dire cela : <strong>Ubuntu<\/strong>.<br><em>Je suis parce que nous sommes.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Alors j\u2019ai compris.<\/p>\n\n\n\n<p>Soigner, ce n\u2019est pas seulement un acte technique.<br>C\u2019est un engagement envers l\u2019autre.<br>Une fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 l\u2019humain, jusque dans ses derniers instants.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais en quittant l\u2019Ouganda, une inqui\u00e9tude m\u2019a accompagn\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>Car chez moi, en R\u00e9publique D\u00e9mocratique du Congo, combien de vies s\u2019\u00e9teignent encore dans la douleur ? Combien de regards se ferment sans avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9ellement vus ? Combien de mains restent vides, faute de moyens, de formation, ou simplement de volont\u00e9 collective ?<\/p>\n\n\n\n<p>La souffrance n\u2019est pas toujours une fatalit\u00e9.<br>Parfois, elle est un abandon.<\/p>\n\n\n\n<p>Et cela, aucune soci\u00e9t\u00e9 ne devrait l\u2019accepter.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que j\u2019ai vu en Ouganda n\u2019\u00e9tait pas un miracle.<br>C\u2019\u00e9tait une d\u00e9cision.<br>Une organisation.<br>Une vision.<\/p>\n\n\n\n<p>La preuve que m\u00eame dans des contextes limit\u00e9s, il est possible d\u2019offrir une fin de vie digne, apais\u00e9e, humaine.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors aujourd\u2019hui, je porte cette flamme.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle ne br\u00fble pas avec \u00e9clat.<br>Elle ne fait pas de bruit.<br>Mais elle \u00e9claire.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle \u00e9claire chaque patient oubli\u00e9.<br>Chaque soignant impuissant.<br>Chaque syst\u00e8me qui pourrait faire autrement.<\/p>\n\n\n\n<p>Et je me dis, avec une conviction devenue intime :<\/p>\n\n\n\n<p>Peut-\u00eatre que le v\u00e9ritable progr\u00e8s de la m\u00e9decine ne se mesure pas au nombre de vies sauv\u00e9es\u2026<br>mais \u00e0 la mani\u00e8re dont nous accompagnons celles que nous ne pouvons plus sauver.<\/p>\n\n\n\n<p>Alors, si un jour nous apprenons \u00e0 ne plus d\u00e9tourner le regard,<br>si nos mains acceptent enfin de porter ce que nos savoirs ne peuvent r\u00e9soudre,<br>alors peut-\u00eatre\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>le poids des larmes deviendra plus l\u00e9ger,<br>et la force des mains,<br>notre plus belle r\u00e9ponse.<\/p>\n\n\n\n<p>Luc Mbumb<\/p>\n\n\n\n<p>MPH, Inf&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p>Association Nationale Congolaise des soins Palliatifs&nbsp;;<\/p>\n\n\n\n<p><a href=\"mailto:Lucmbumb12@gmail.com\">Lucmbumb12@gmail.com<\/a><\/p>\n\n\n\n<p>+2439975120<\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>April 16, 2026 | The weight of tears, the strength of hands; the flame we carried with us. 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